Carl Jung et le Processus d'Individuation

Dernière mise à jour : févr. 25




Ma vie est l'histoire d'un inconscient qui a accompli sa propre réalisation.

Carl Jung




Extraits de:


René Caya ; Étude sur la psychologie des profondeurs de C.G. Jung





"C'est en 1916, dans Sept sermons aux morts et Dialectique du Moi et de l'inconscient, que Jung parle pour la première fois de l'individuation comme d'un processus qui permet à l'individu de sortir du cadre social, collectif, pour réaliser son destin.


Les propos de Jung sur le sujet sont très clairs:


"Il s'agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu'il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison. On pourrait donc traduire le mot d'individuation par "réalisation de soi-même", "réalisation de son Soi"."

En 1937, Jung réaffirme sa position :


"L'individuation exprime le processus biologique, tantôt simple, tantôt complexe, par lequel toute créature vivante devient ce qu'elle est d'emblée destinée à devenir."

Quelle place l'individuation tient-elle donc dans la psychothérapie jungienne ? Pour répondre à cette question, il s'impose de souligner que l'analyse jungienne procède en quatre étapes:


– la confession

– la mise en lumière

– l'éducation

– la métamorphose



La première étape, c'est-à-dire la confession, remplit une fonction cathartique et vise à soulager le patient du poids de ses souffrances. Une mauvaise image de soi, un souvenir traumatique, un conflit moral, des angoisses morbides, constituent autant de contenus refoulés qu'il faut bien intégrer afin de se libérer d'une condition difficile.


La deuxième étape, qui est la mise en lumière, consiste à retracer l'origine de certaines problématiques infantiles. L'analyste utilise généralement l'interprétation des rêves pour repérer les complexes inconscients et aider le patient à s'en désidentifier. c'est au cours de cette étape que se développe le transfert entre l'analysé et l'analyste.


La troisième étape, l'éducation, favorise le développement des habiletés psychologiques indispensables au projet de normalisation sociale. Habituellement, les trois premières étapes constituent ce que Jung appelle la petite thérapie, dont des symptômes et suppression l'objectif le principal maintien des vise la capacités fonctionnelles de l'individu


La quatrième étape est la métamorphose. L'adaptation à la collectivité et l'atteinte de la normalité ne constituent pas un idéal pour tous; chez certains, elles représentent même une entrave au développement de la personnalité. Il arrive en effet qu'un individu se sente partagé entre deux tendances contradictoires: céder aux pressions du milieu extérieur auquel il doit faire face, ou obéir aux exigences du génie créateur auxquelles il doit satisfaire.


La solution de ce conflit, apparemment insoluble, ne peut venir que de l'intérieur, d'une maturation de la personnalité ; c'est dans ce cas bien précis que Jung parle de la quatrième étape, la métamorphose. Celle-ci désigne le processus naturel de croissance, qu'il appelle individuation et qui répond, selon lui, à l'aspiration de la nature à la recherche d'une voie de réalisation à travers la conscience humaine. S'y refuser entraîne parfois des conséquences fâcheuses.


Carl Jung ; Ma Vie



Cette description de la névrose correspond à la première thèse de Jung. Jung y définit l'état névrotique comme la conséquence directe d'une attitude unilatérale adoptée par le moi: le moi, se coupant de la source intérieure et s'élevant vers les sommets étrangers, provoque un grave déséquilibre psychique. Le processus d'individuation vise à remédier à ce désordre, à résoudre la scission entre les pôles opposés, le conscient et l'inconscient.


Selon Jung, l'individu engagé dans le processus d'individuation devient très sensible aux sollicitations du monde intérieur et des puissances de l'invisible; il apprend à surveiller manifestations de l'inconscient. Les rêves, les entre autres, sont susceptibles de lui indiquer l'orientation du travail thérapeutique et les thèmes qui doivent faire l'objet d'un examen approfondi.


Selon l'expression ~ consacrée "Ars totum requirit hominem", la solution du conflit intérieur doit nécessairement passer par une maturation de la personnalité: en d'autres mots, "obéit à une impulsion supérieure qui pousse l'individu vers l'accomplissement de son véritable destin. C'est là notamment l'avis d'une commentatrice autorisée, Marie-Louise von Franz :


Carl Jung ; L'Homme et ses symboles



Le processus d'individuation se déclenche généralement au cours d'une phase critique de la vie ou d'un conflit qui paraît insoluble. Sur le plan psychologique, le déclenchement du processus d'individuation coïncide généralement avec certaines épreuves, comme un deuil, un divorce ou une rupture amoureuse; il découle aussi parfois d'un problème de santé ou d'un échec professionnel.


L'individuation constitue donc un processus naturel de croissance à l'intérieur duquel le moi joue un rôle secondaire, car il doit simplement s'ajuster aux volontés du Soi et laisser agir la nature en lui. Comme le rappelle judicieusement le vieil alchimiste grec Démocrite :


"La nature se réjouit de la nature, et la nature triomphe de la nature, et la nature domine la nature."

En d'autres mots, le processus d'individuation, une fois enclenché, se développe suivant des phases et un ordre préétablis par le Soi. Jung a le sentiment que l'individuation est une oeuvre d'une importance capitale pour la conscience humaine.


La nature poursuit son évolution, explique-t-il, chez l'être individué qui, dès lors, se voit privé de sa liberté et de son autonomie. Désormais, l'être individué n'est plus maître de son destin; il doit se plier aux aspirations des puissances archétypales et, s'il s'y refuse, il risque de sombrer dans un grave déséquilibre névrotique.


L'individuation impose donc sa loi, devant laquelle le moi doit céder tout en participant activement à l'intégration des contenus inconscients. Cela va de soi, puisque le but de l'individuation est l'épanouissement de toutes les potentialités de l'individu, et que cet objectif ne peut se réaliser sans la participation d'un moi fort et autonome.


Carl Jung ; Ma Vie



Cette réflexion de Jung est capitale: elle livre la pensée de l'auteur et dévoile la genèse du concept d'individuation. Jung y reconnaît que l'idée de développement et d'évolution a pour lui une grande importance dès le début de sa pratique médicale.


Dans sa première acception, l'individuation est donc conçue comme la réalisation d'un destin particulier qui préserve l'individu d'une fusion au sein de la conscience collective: elle est un processus qui permet à l'individu de devenir celui qu'il était destiné à devenir à l'origine."




[Extraits de: Caya, René ; Étude sur la psychologie des profondeurs de C.G. Jung : alchimie et processus d'individuation. (1996) Thèse. Université du Québec à Trois-Rivières, 606 p.]


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