Théophile Alexandre Steinlen : la mélancolie réaliste

Dernière mise à jour : févr. 18

Il peint les scènes de rue et les moments de vie, la foule et les solitaires, les ouvriers et les femmes du monde, les amoureux de tous âges... et il était fou de chats. À partir des années 1880, et jusqu'à sa mort en 1923, Théophile Alexandre Steinlen dessine et "croque" l'atmosphère "fin XIXe début XXe" si caractéristique d'une époque à mi-chemin entre ennui, décadence, et espoir du nouveau siècle. Deux décennies qui se complaisent dans une atmosphère de « fin » et qui, dans les arts et la littérature, cultivent volontiers des thèmes crépusculaires -, bien que cette période associée à une forme de complaisance macabre soit paradoxalement aussi celle d’une certaine joie de vivre, d’avancées technologiques et d’émancipation -. C’est d'ailleurs là tout le paradoxe de cette Belle Epoque, dans laquelle Steinlen évoluait et faisait vivre son art.


(Gauche : Théophile Alexandre Steinlen, Portrait de Pieter Dupont.

Droite : Steinlen dans son atelier, photographie de l'agence de presse Meurisse (Paris, BnF))



Sur ses gravures, il conte le récit imagé de ce qu'il observe au coin des boulevards. L'histoire intime et personnelle des plus désoeuvrés fait écho en lui de manière significative. Il en est touché, saisi par les menus détails d'existences faites de désenchantements, d'afflictions, de désolations. Ses personnages sont d'ailleurs rarement souriants - on les comprend -, mais représentés marqués par leurs histoires de vie et leurs destins, s'affrontant tous plus ou moins dans la douleur et la peine. Et quand il ne peint pas l'humanité, ses portraits de chats révèlent également sa grande sensibilité. Il les représente dans toutes les occasions, postures et humeurs possibles, en couleurs ou en noir et blanc. Les chats de Steinlen sont souvent associés à la douceur, à une forme de pureté et de sérénité, bien loin du vice de la rue qu'il aime tant à représenter par ailleurs.



Deux Chats, 1914



Été : Chat sur une balustrade, 1909



Chat et chatte, 1903




Le petit chien, 1915



Les femmes, il les peint souvent nues, et dans toutes les postures. Couchées, de dos, songeuses ou occupées à leur toilette, travailleuses ou oisives, elles sont femmes du peuple, mères, prostituées, âgées ou plus jeunes, et prennent vie sous le crayon de Steinlen.



Nu assis au bord du lit (date inconnue)



Blanchisseuses reportant l’ouvrage, 1898



Gamines sortant de l'école, 1911



Vanité d'un vieillard (date inconnue)



Entre deux trains, 1916



Ce sont ses affiches publicitaires qui ont largement contribué à la popularité de l'artiste. En réalité, il accepte surtout de les dessiner pour gagner sa vie. Mais certaines d'entre elles resteront plusieurs années après des symboles de la vie parisienne... Comme celle-ci :


Tournée du Chat noir (1896)

La célèbre affiche "Tournée du Chat noir" fut réalisée pour promouvoir le cabaret parisien Le Chat noir, situé dans le quartier de Montmartre.



Affiche pour la compagnie française des Chocolats et des thés, 1895



Affiches Charles Verneau : "La Rue ", 1896



Il illustre ici le recueil de poèmes de Jehan-Rictus Les soliloques du Pauvre (première publication, 1896).


Couverture de Steinlen, édition de 1903



Steinlen en 1913

photographie de presse / Agence Meurisse