Les "Ruminations" de Maurice Rollinat rééditées aux Editions du 26 octobre


"Ce qui fait l'artiste profond, mystérieux et tragique, c'est le fauve amour de la nature et la pratique sauvage de la solitude, traversés de temps à autre par les stridents appels du regret et les brusques coups de couteaux de la nostalgie."

Maurice Rollinat

Ruminations, proses d'un solitaire (1904)



Ruminations est resté dans l'ombre depuis plus d'un siècle, sans faire l'objet d'aucune étude. L'idée d'une réédition m'est venue de ce constat. C'est qu'on oublie trop souvent que Maurice Rollinat, important poète de la fin du XIXe siècle, principalement connu pour son recueil Les Névroses (1883), consacra la fin de sa vie à écrire de la prose. Deux volumes rassemblent ainsi pensées philosophiques et poétiques, passionnées ou désabusées, exaltations de la nature et diatribes contre le monde moderne : En errant (1903) et Ruminations (1904). Tous deux sous-titrés Proses d'un solitaire, ils succèdent aux neuf volumes de vers de Rollinat.


Bien qu'inégalement salués par la critique, les recueils précédents avaient néanmoins contribué à la flamboyante renommée du poète. Sa réputation d'écrivain au style macabre et satanique, de disciple — pâle copie, selon ses détracteurs — de Baudelaire, de musicien hors-pair admiré par Sarah Bernhardt, avait contribué à créer le "mythe Rollinat", que le principal intéressé ne souhaita jamais entretenir. En 1883, alors célébré comme le plus grand poète de son temps à la suite de la publication des Névroses, il se retira à Fresselines, petite commune de la Creuse, et troqua les vanités des salons littéraires pour les joies de la pêche, les longues promenades dans la nature, et la composition de ses oeuvres en prose.


Si En errant s'ouvre sur quelques plus longs essais et nouvelles poétiques ("Pêcheurs de truite", "Le Feu", "Sentiments de la nature", "Le manoir tragique"...), Ruminations s'inscrit davantage dans la veine des moralistes du XVIIe siècle. Le recueil, publié à titre posthume un an après la mort de Maurice Rollinat en 1903, regroupe cinq cent vingt-deux pensées déclinées en percutants aphorismes ou en méditations plus nourries, sur des thèmes aussi variés que la nature, la solitude, l'art, la société, le déclin, la mélancolie, ou la sensibilité. Après l'exaltation des débuts (cabarets de la bohème, cénacles littéraires, premiers poèmes célébrant une nature féconde et sereine), vient la période des désillusions. Rollinat vit en reclus dans sa modeste petite maison, en pleine campagne, et livre dans ses Ruminations, un témoignage de ses cheminements, de ses relations fluctuantes avec ses contemporains, du poids du Temps et des souvenirs.

Dans la solitude et le silence, Rollinat vitupère l'hypocrisie de la société et célèbre, à rebours, l'authenticité sous toutes ses formes. La relation quasi fraternelle avec le règne animal en est une manifestation : "On aime les bêtes, d’abord par instinct, pour sa fantaisie, sa vanité, son plaisir égoïste, son intérêt, son besoin. Ce n’est que plus tard, lorsque l’on voit en eux des pareils et des frères en mystérieuse destinée, qu’on s’efforce de leur complaire, qu’on se fait un devoir de les respecter et de les plaindre."


J'ai souhaité, dans mon étude préfacielle, rendre hommage à ce poète des désenchantements, tourmenté et attachant jusque dans ses contradictions.



Irène de Palacio


Ruminations, proses d'un solitaire

Présentation d'Irène de Palacio

Disponible sur commande sur le site des Editions du 26 octobre.

200 pages, 19 €

ISBN (EAN 13) : 978-2-492268-06-9