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Le Printemps : Tableaux et poèmes




Correspondance

Arthur Rimbaud


Cher Maître,


Nous sommes aux mois d’amour ; j’ai presque dix-sept ans, l’âge des espérances

et des chimères, comme on dit. — et voici que je me suis mis, enfant touché

par le doigt de la Muse, — pardon si c’est banal, — à dire mes bonnes croyances,

mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes

— moi j’appelle cela du printemps.

À Théodore de Banville,

24 mai 1870




Vincent van Gogh - Pêcher en fleur (Souvenir de Mauve), 1888





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Vincent van Gogh - "Branches d'amandier en fleurs", 1890





Tableaux de la nature

Chateaubriand


Le ciel est pur, la lune est sans nuage : Déjà la nuit au calice des fleurs Verse la perle et l’ambre de ses pleurs ; Aucun zéphyr n’agite le feuillage.

Sous un berceau, tranquillement assis, Où le lilas flotte et pend sur ma tête, Je sens couler mes pensers rafraîchis Dans les parfums que la nature apprête.

Des bois dont l’ombre, en ces prés blanchissants, Avec lenteur se dessine et repose, Deux rossignols, jaloux de leurs accents, Vont tour à tour réveiller le printemps Qui sommeillait sous ces touffes de rose.

Mélodieux, solitaire Ségrais, Jusqu’à mon cœur vous portez votre paix ! Des prés aussi traversant le silence, J’entends au loin, vers ce riant séjour, La voix du chien qui gronde et veille autour De l’humble toit qu’habite l’innocence.

Mais quoi ! déjà, belle nuit, je te perds ! Parmi les cieux à l’aurore entrouverts, Phébé n’a plus que des clartés mourantes, Et le zéphyr, en rasant le verger, De l’orient, avec un bruit léger, Se vient poser sur ces tiges tremblantes.




Claude Monet - "Le Printemps" (ou "La liseuse"), 1872





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Camille Pissarro - Printemps. Pruniers en fleurs, Potager, Pontoise, 1877





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Edouard Manet - Printemps (Jeanne Demarsy), 1882





Avril

Gérard de Nerval



Déjà les beaux jours, – la poussière, Un ciel d’azur et de lumière, Les murs enflammés, les longs soirs ; – Et rien de vert : – à peine encore Un reflet rougeâtre décore Les grands arbres aux rameaux noirs !

Ce beau temps me pèse et m’ennuie. – Ce n’est qu’après des jours de pluie Que doit surgir, en un tableau, Le printemps verdissant et rose, Comme une nymphe fraîche éclose Qui, souriante, sort de l’eau.



Jean-François Millet - Le Printemps (1868-1873)





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Alfred Sisley - Printemps aux environs de Paris. Pommiers en fleurs, 1879



Toute la lyre

Victor Hugo


Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire ! Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire, Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis ! Les peupliers, au bord des fleuves endormis,

Se courbent mollement comme de grandes palmes ; L’oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ; Il semble que tout rit, et que les arbres verts Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.

Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ; Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre, A travers l’ombre immense et sous le ciel béni, Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.





Alfred Sisley - Les Petits Prés au printemps, 1880





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Gustave Caillebotte - Les Roses, jardin du Petit Gennevilliers, vers 1886




Le printemps

Théodore de Banville


Te voilà, rire du Printemps ! Les thyrses des lilas fleurissent. Les amantes qui te chérissent Délivrent leurs cheveux flottants.

Sous les rayons d’or éclatants Les anciens lierres se flétrissent.

Te voilà, rire du Printemps ! Les thyrses de lilas fleurissent.

Couchons-nous au bord des étangs, Que nos maux amers se guérissent ! Mille espoirs fabuleux nourrissent Nos cœurs gonflés et palpitants. Te voilà, rire du Printemps !




Alfred Sisley - Un verger au printemps, 1881





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Auguste Renoir - La Cueillette des fleurs, 1875



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