Actualité : "Focus" sur les écritures de l'intime, avec Cocteau et le groupe de Carnetin


Tout les oppose, sociologiquement, littérairement, humainement... Et pourtant, deux récents travaux, permettent, à travers l'étude de journaux intimes et de correspondances, de comprendre comment l'écriture solitaire se constitue au sein de configurations amicales variées. Ici avec l'exemple du groupe littéraire gravitant autour de l'écrivaine Marguerite Audoux, et des "amitiés particulières" de Cocteau.




Le 14 mai dernier, la rue d'Ulm accueillait Guy Ducrey et Bernard-Marie Garreau lors de la dernière séance du Séminaire Autobiographie & Correspondances 2021-2022. Nous y étions. Tous deux venaient présenter leurs récents travaux respectifs ; la publication prochaine d'une correspondance singulière, celle de Jean Cocteau et du prince roumain Georges Gréciano, et Les dimanches de Carnetin - Histoire d'une famille littéraire, essai multibiographique paru en août 2021 aux éditions Complicités. Nous avons ici deux exemples d'intrication de la vie et de la littérature ; la lettre sert tantôt de support à une reconstruction romanesque, tantôt à une reconstitution historique et littéraire.

De la véritable épopée épistolaire et romanesque autour de Cocteau, talentueusement retracée par Guy Ducrey, nous ne pouvons malheureusement rien dévoiler avant publication, mais l'ouvrage à paraître promet d'apporter des informations nouvelles sur la personnalité de Cocteau à l'époque de l'écriture d'Opium : Journal d'une désintoxication. Nous y reviendrons à l'occasion de la sortie du livre. Il est intéressant de noter que ces deux études, si elles présentent des différences, se rejoignent dans un commun désir de porter un éclairage biographique sur la création littéraire. Les documents utilisés pour reconstituer ces contextes d'écriture — lettres, journaux intimes, mémoires... — permettent en outre d'approcher au plus près la pensée de l'auteur.

Le livre de Bernard-Marie Garreau, spécialiste de l'écrivaine Marguerite Audoux, rejoint l'intention d'anthologia et plus particulièrement de la rubrique Focus d'accorder autant d'importance aux auteurs reconnus qu'à ceux considérés comme mineurs... Ainsi, Les dimanches de Carnetin évoque dix écrivains et artistes se retrouvant entre 1904 et 1907 à Carnetin, en banlieue parisienne, pour parler littérature dans un contexte familier et sans prétention. On y trouve donc, rassemblés autour de l'écrivaine Marguerite Audoux, les célèbres Léon-Paul Fargue, Valery Larbaud et Léon Werth, et des noms oubliés : Charles Chanvin, Régis Gignoux, Francis Jourdain et Marcel Ray. Des portraits particulièrement attachants sont également donnés à l'occasion, notamment de Michel Yell et de Charles-Louis Philippe, écrivains qui mériteraient d'être exhumés de l'oubli — comme bien d'autres poètes bien souvent évoqués dans Focus.